Afghanistan : le difficile retour des filles à l'école

Brendan O’Malley à Charikar, en Afghanistan pour l'UNESCO.

Quatre ans après la chute du régime taliban, la scolarisation des filles et des exclus du système scolaire se heurte à de nombreux obstacles.

En Afghanistan, dans la province du Parvan, Kokabar est presque une vedette depuis qu’elle a osé tenir un institut de beauté clandestin en plein régime taliban. Une activité interdite à l’époque. « Lorsque les Talibans ont envahi la province, ils ont démoli ma boutique et roué mon mari de coups. Mais j’ai décidé de continuer de préparer les jeunes filles au mariage », explique-t-elle.

Kokabar possède aujourd’hui deux salons dans le bazar de Charikar, une ville située au nord de Kaboul. Grâce à un financement de l’UNICEF, elle y forme des douzaines d’adolescentes désireuses d’acquérir des rudiments d’alphabétisation, ainsi qu’un savoir-faire leur permettant d’assurer leur avenir.

Ecole en ruines

Entassées dans une salle minuscule, dix d’entre elles boivent les conseils que Kokabar dispense à Nourzia, 15 ans, tandis qu’elle maquille Samia, 14 ans, qui doit se rendre à une cérémonie du henné, la fête pendant laquelle la famille de la future épouse reçoit celle de l’époux.

« Je ne suis jamais allée à l’école », confie Nourzia, qui partage ce sort avec l’ensemble de ses camarades. Sa famille a dû déménager trois fois pendant la guerre, dont une à cause d’une bombe tombée sur leur maison.

Le projet est dirigé par une ONG, Aschiana, qui réserve 50 % des places aux filles. Elle accueille 500 élèves privés d’éducation par la guerre ou la pauvreté : réfugiés, enfants de la rue et soldats démobilisés. Aschiana leur offre un an d’alphabétisation, suivi de dix mois de formation professionnelle et d’un stage dans une activité génératrice de revenus : soins de beauté, confection, menuiserie ou élevage. Ils peuvent alors intégrer le système formel en passant un test d’évaluation, ou bien entrer dans la vie active.

« Nous tenons à ce qu’ils apprennent d’abord à lire et à écrire », explique Mohammad Israel, qui supervise le projet. La méthode peut surprendre, mais il fallait innover dans un pays où la population d’âge scolaire croît d’un million par an avec le retour des réfugiés, et où les écoles sont en ruines. Dans la vallée du Salang, au nord de Charikar, quinze écoles sur dix-neuf n’ont même pas une tente pour s’abriter. »

Le représentant de l’UNICEF, Bernt Aasen, affirme qu’en dépit d’une campagne massive de réintégration des filles, les garçons restent favorisés : « Dans neuf provinces, les filles ne représentent même pas 10 % des élèves et dans deux ou trois, elles sont quasiment absentes. »

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