Réflexion sur l'impact des TIC sur le systéme éducatif
Les TICE devraient faire évoluer le système éducatif affirme un rapport de l'Inspection générale en France :
"à l'intérieur comme à l'extérieur du système éducatif français, les conditions paraissent réunies pour que le développement des TICE dans les activités d'enseignement puisse prendre un essor décisif". ~~
Le rapport de l'Inspection générale sur "La promotion de l'usage des TICE dans les activités d'enseignement", rédigé par Anne-Marie Bardi, Jean-Michel Bérard, Guy Menant (IG) et Alain-Marie Bassy et Robert Jammes (IGAEN), vise justement à "proposer une vision prospective à moyen terme (entre 3 et 5 ans)" des évolutions générées par les TICE dans le système éducatif.
Rédigé en février 2006, il n'est toujours pas publié.
Pour l'inspection,
le développement des TICE "bouscule l'Ecole" car il remet en question les trois dimensions du système d'enseignement.
- L'espace de l'Ecole devient de plus en plus poreux par la mise en place des ENT.
- Le temps scolaire se prolonge grâce aux réseaux de communication de telle sorte que la frontière entre le scolaire et l'accompagnement scolaire se brouille.
- Les ressources pédagogiques se perdent dans un océan d'offres de toutes sortes.
"Dans cette nouvelle configuration", affirment les inspecteurs, "l'organisation de l'Ecole est appelée à se modifier, que ce soit dans les contenus étudiés, les formes de travail des élèves ou le service des enseignants".
L'inspection appelle à un renouvellement profond de la pédagogie et de la didactique.
C'est dans
toutes les disciplines et dans la transdisciplinarité que devront être mis en place des outils pédagogiques adaptés à une nouvelle approche des savoirs.
Deux objectifs doivent guider l'élaboration de ces nouveaux outils : l'individualisation des parcours et l'interactivité.
L'inspection cite 4 axes de développement des TICE à moyen terme :
- la documentation,
- la pédagogie,
- la communication,
- l'évaluation.
"Le développement des TICE est de nature à améliorer la prise en charge de l'élève, à mieux garantir l'égalité des chances, à infléchir la pédagogie pour assurer la maîtrise de l'échec scolaire et favoriser l'adaptation individuelle des apprentissages".
Une évolution qui ne pourra se faire sans lever plusieurs contraintes.
L'inspection identifie plusieurs obstacles professionnels. La place, le rôle et le service des enseignants devront évoluer.
"Le professeur produit des contenus dans un format qui permet leur mutualisation : cela peut-il devenir la spécialité de quelques uns ? Il prend en charge ses élèves hors temps scolaire, y compris le soir : cela peut-il devenir la spécialisation de quelques autres ? " interrogent les auteurs.
"La montée en charge des TICE accentue le divorce croissant entre les nouvelles formes de la pédagogie et le conservatisme des modes d'évaluation. On ne pourra pas continuer à exiger des élèves des compétences dans l'usage des TIC et éviter de les vérifier lors des grands rendez-vous".
Le rapport invite à étendre les épreuves sur ordinateur et le contrôle en cours de formation.
Si les auteurs estiment que "les TICE innerveront (seront le centre du système) dans les 10 ans à venir l'ensemble du système éducatif", ils ne sous-estiment pas l'ampleur de la tâche à accomplir. "Cet objectif ambitieux suppose un dialogue avec les acteurs et les partenaires du système et une remise en question des modèles d'organisation traditionnels du système éducatif français".
F. Fillon, puis G. de Robien ont promis une intégration rapide des TICE dans le système éducatif. Elles se sont d'ailleurs invitées dans le "socle commun". Mais on voit mal comment la vision passéiste et ultra-conservatrice de l'Ecole promue par Gilles de Robien pourrait s'accommoder d'une redéfinition du cadre scolaire.
Portant l'enjeu est de taille. Plusieurs études mettent en évidence l'impact positif des TICE sur les résultats scolaires.
L'impact éducatif des TICE confirmé par deux études
~~Une chose qui est maintenant claire c'est qu'à une époque où les ordinateurs sont fortement présents dans la vie quotidienne et l'éducation, la minorité d'élèves qui y ont peu accès, qui les utilisent peu, et qui sont peu confiants dans leurs compétences informatiques, n'obtiennent pas de bons résultats.
Sous le titre
"Are Students ready for a Technology-Rich World ?", l'OCDE publie une enquête qui croise les résultats scolaires des adolescents de 15 ans établis par l'enquête PISA 2003 avec leur familiarité avec l'ordinateur.
Ainsi, si les élèves qui n'ont pas accès à un ordinateur à la maison ont des résultats nettement inférieurs, "c'est partiellement parce qu'ils proviennent plus fréquemment de milieux défavorisés, mais l'écart constaté ne peut s'expliquer par le statut social".
Pour autant, l'étude de l'OCDE n'établit pas un lien évident entre l'usage des TIC et la réussite scolaire : "on peut difficilement distinguer les élèves qui effectuent fréquemment des recherches sur Internet de ceux qui le font occasionnellement, même si ceux qui le font rarement ou jamais ont de moins bons résultats scolaires… Ceux qui utilisent le plus l'ordinateur ne l'utilisent pas forcément au mieux".
Ce qui est particulièrement intéressant c'est que cette étude confirme
le résultat d'une autre recherche, celle de Daniel O. Beltran, Kuntal K. Das, Robert W. Fairlie (University of California).
Celle-ci se base sur d'autres données : celles des tests américains mais arrive à la même conclusion : "Les adolescents qui ont un ordinateur à la maison ont 6 à 8% de chances en plus de réussir leur lycée que les adolescents qui n'ont pas d'ordinateur à la maison compte tenu des variables familiales et sociales".
L'étude OCDE apporte des explications à ce rapport entre TICE et résultats scolaires.
Contrairement à ce que beaucoup d'enseignants pensent, les jeunes n'utilisent pas l'ordinateur que pour jouer. Le jeu vient en troisième position dans les usages derrière le courrier électronique et la recherche sur Internet. Suivent, à un faible écart, l'utilisation du traitement de texte et de supports éducatifs. Ainsi l'ordinateur est bien un outil d'accès à la culture contemporaine.
Ces deux études soulèvent d'importantes questions pour l'Ecole.
D'abord elles soulignent l'importance de l'utilisation à la maison des TIC.
Si l'ordinateur à l'école peut compenser en partie le manque d'équipement à la maison, le fait de posséder un ordinateur chez soi est le facteur le plus clair de réussite. On devine alors l'importance d'une politique effective de lutte contre la fracture numérique. On ne saurait se contenter de ficelles marketing du type de "l'ordinateur à un euro" qui ont plus d'effet médiatique que réel pour les couches populaires.
Elle pose aussi plusieurs questions sur les usages scolaires des TICE. Certains types d'apprentissage sont meilleurs que d'autres et l'enquête reste muette pour les définir. Mais, dans tous les cas, une bonne maîtrise des TIC est liée à de bons résultats.
Or les jeunes en France ont souvent fait un apprentissage autodidacte des TIC et leur maîtrise est souvent insuffisante. Cela apparaît par exemple dans la recherche de l'information sur Internet. Les jeunes n'utilisent souvent plus qu'Internet dans leur quête culturelle. Or il faut souvent faire désapprendre aux élèves des modes de recherche inadaptés.
La responsabilité de l'Ecole est donc particulièrement importante en ce domaine, pas uniquement pour préparer un avenir social ou professionnel mais pour le développement culturel des jeunes.
Cela conforte, si besoin est, l'importance du B2i.
Appropriation des nouveaux médias par les jeunes : une enquête européenne en éducation aux médias.
Enquète réalisée par Médiapro et soutenue par la commission européenne, plan d’action “internet plus sûr”
Neuf pays européens (Belgique, Danemark, Estonie, France, Grèce, Italie, Pologne, Portugal et Royaume-Uni - associés au Québec), ont effectué une recherche conjointe sur les jeunes de 12 à 18 ans et leurs relations aux médias électroniques (Internet, téléphonie mobile, jeux en ligne). __
L’équipe de travail était composée de spécialistes de l’éducation aux médias travaillant dans des universités, des ministères, des associations et des fondations.
Cette étude, conduite de janvier 2005 à juin 2006, s’inscrit dans le plan d’action de la Commission Européenne «Internet plus sûr».
__Méthode d’enquête
- Un questionnaire composé de 63 questions fermées et une question ouverte, distribué aux 9000 jeunes, sur le temps scolaire, en septembre-octobre 2005.
- Des entretiens individuels conduits, en février 2006, dans les établissements scolaires auprès de 240 jeunes (24 par pays), sélectionnés à partir de leurs réponses au questionnaire en fonction de leurs niveaux d’usage d’Internet, leur âge et leur genre.
Terrain d’enquête
- Près de 9000 jeunes de 12-18 ans, venant de neuf pays de l’Union européenne (Belgique, Danemark, Estonie, France, Grèce, Italie, Pologne, Portugal et Royaume-Uni) et du Québec ont répondu à l’enquête Mediappro, entre septembre 2005 et mars 2006.
- Ils ont été sélectionnés dans leurs établissements scolaires, choisis en fonction de leur situation géographique et de leur profil social, économique et culturel.
- En France, l’échantillon se compose de 873 jeunes scolarisés dans 13 collèges-lycées, répartis sur 5 académies : Amiens, Clermont-Ferrand, Créteil, Montpellier, Paris.
- L’échantillon est constitué de trois tranches d’âges : 12-14 ans, 15-16 ans, et 17-18 ans.
L’équipe européenne de Mediappro apporte aujourd’hui de nouveaux éclairages sur :
- LES USAGES ET L’APPROPRIATION, dans différents contextes d’usage (à l’école et à la maison),
- LES AVANTAGES ET LES RISQUES lorsqu’ils les utilisent dans le cadre amical, familial et scolaire,
- LES PISTES ÉDUCATIVES ET LES PRATIQUES PÉDAGOGIQUES pour développer une éducation critique aux médias électroniques partant des connaissances et des usages réels des élèves.
Entre 2000 et 2006, la recherche Mediappro montre que la situation a profondément évolué avec la généralisation des pratiques, mais certaines tendances qui apparaissaient alors se trouvent confortées.
La prise de conscience des limites et des dangers d’Internet a beaucoup progressé
en 6 ans, leurs attitudes s'est complètement inversée vis à vis de la fiabilité des informations.
Synthèse
La relation que les jeunes Français de 12-18 ans entretiennent avec Internet et les médias électroniques a beaucoup changé depuis 2000. La pratique s’est généralisée massivement et les usages se sont ancrés autour de deux pôles : la fréquentation de sites, surtout pour le travail scolaire, et la communication à distance, avec tous les services à disposition (téléphone portable, messagerie instantanée et dans une moindre mesure le courrier électronique).
Les jeunes ont intégré ces médias dans leur vie quotidienne, de façon régulière mais modérée, comme des services disponibles en fonction des priorités du moment.
Leur relative aisance dans l’utilisation des médias électroniques s’est construite avant tout par tâtonnements personnels et par des échanges avec leurs amis.
La télévision leur a permis de construire une culture, plutôt approximative, sur les risques d’usage d’Internet. Les 12-18 ans sont aujourd’hui très majoritairement au courant des écueils que peut réserver la fréquentation d’Internet. Ils les vivent comme des nuisances dont il faut bien s’accommoder, acceptent les limitations, les interdictions et les règles tant qu’elles sont explicitées et qu’elles leur permettent de concilier leur vie familiale et leur vie sociale avec leurs pairs. Ils entretiennent plutôt une relation de confiance avec leurs parents et l’école sur ces questions.
Toutefois, malgré leurs pratiques importantes et leur intérêt pour ces médias, ils se révèlent moins compétents qu’ils ne le pensent et ne le disent. Ils ne maîtrisent pas toujours les notions et les termes leur permettant de décrire et d’expliciter leurs pratiques, ou de construire leur propre point de vue sur ces médias. Ils ont aujourd’hui besoin d’approfondir des capacités qui restent souvent superficielles, des connaissances le plus souvent très floues. La plupart d’entre eux perçoivent les médias électroniques comme des technologies en mouvement et adoptent rapidement les nouvelles évolutions, mais même à 17 ans, ils n’ont pas d’idée claire sur leur impact sociétal.
Ils demandent de l’aide pour mieux utiliser les médias électroniques, développer des habiletés, mieux comprendre les mécanismes qui sont à l’oeuvre dans la production d’informations en ligne comme dans la communication à distance, acquérir des compétences critiques.
L’école, centrée sur les apprentissages techniques et la recherche d’information, ne répond que peu à ces besoins ; pour protéger, elle encadre et limite les pratiques au point de les rendre quasiment impossibles. La maison, lieu d’appropriation par excellence, reste le lieu de toutes les expérimentations.
Conclusion au niveau européen
La conclusion la plus frappante de l’ensemble de cette étude réside dans le fossé marqué entre les usages de l’Internet à la maison et à l’école.
Dans tous les pays, ce fossé s’impose en termes de fréquence d’utilisation, d’accès, de régulation, d’apprentissage et de développement d’aptitudes, et de type d’activités.
Les données montrent que c’est un gouffre qui s’ouvre. Toutes les fonctions importantes pour les jeunes existent hors de l’école, comme l’essentiel de leurs apprentissages (surtout de l’auto-apprentissage et de l’apprentissage entre pairs). Dans le même temps, les écoles restreignent l’accès, interdisent certaines pratiques sans aucune nécessité, ne parviennent pas à comprendre la fonction communicationnelle d’Internet, et, pire que tout, échouent à transmettre les compétences de recherche documentaire, d’évaluation des sites, de recherche et de production créative qui devraient être les plus importantes pour elles.
On note partout clairement que les jeunes ne peuvent pas acquérir les savoir-faire nécessaires dans de bonnes conditions. Alors que dans certains pays, ils se révèlent des usagers sophistiqués de l’Internet, comprenant bien les aspects moraux et culturels, en France en particulier, il existe des pays où ils sont beaucoup plus faibles, surtout en ce qui concerne les questions d’ordre légal qui sont liées à ces médias. En outre, il est évident dans tous les pays qu’ils surestiment leur propre capacité à évaluer. Ce sont des types de connaissances et de compétences critiques que seule l’école peut transmettre.
Alors que la littérature académique discute beaucoup du potentiel créatif des nouveaux médias, on constate ici que le travail créatif est limité, et qu’une minorité de jeunes développent des sites personnels ou des blogs. De plus, ces objets peuvent facilement être laissés en sommeil. A nouveau, il y aurait un rôle évident à jouer pour les écoles dans le développement de ces aptitudes plus délicates à acquérir. A l’exception du Québec, le téléphone mobile apparaît comme d’une importance vitale pour ces jeunes : il est utilisé pour développer et renforcer des relations, obtenir une indépendance (quoique souvent aussi pour garder un contact sûr avec les parents), et aussi pour faire la part entre différents degrés et niveaux de proximité sociale.
Une fois de plus, il semble que l’école n’a pas exploré correctement le potentiel éducatif de ces usages, ou au moins la façon de l’enseigner : elle se tourne plutôt encore vers l’interdiction et la régulation. Les jeux semblent plutôt moins importants pour les jeunes que ce que la sagesse populaire suggère ; ils restent un loisir et une pratique culturelle importants et il se pourrait que le jeu en ligne, bien que minoritaire, progresse. L’école ne réagit pas en prenant en compte le potentiel éducatif des jeux électroniques (domaine bien développé de la recherche en éducation) mais plutôt en interdisant.
Si l’on considère, pour finir, les questions de sécurité, l’étude montre que les jeunes déclarent très rarement avoir été dans des situations dangereuses ou même désagréables.
Ils sont pour la plupart attentifs aux dangers potentiels ; et le glissement des pratiques de Chat vers la messagerie instantanée réduit considérablement à lui seul les pratiques qui les exposent à des rencontres avec des inconnus ou des importuns qu’ils connaîtraient déjà.
Alors que le débat sur les nouvelles formes de risques liés au téléphone et aux jeux en ligne se développe dans de nombreux pays participant à cette recherche, il est globalement clair qu’il y a très peu de témoignages de dangers.
Dans tous les cas, l’ensemble de ces thématiques mériterait des recherches plus approfondies, et en particulier une étude longitudinale.
http://ticeducation.xwiki.com/xwiki/bin/download/Main/Know1e/appropriation+des+m%E9dias+par+les+jeunes.pdf
Synthèse réalisée pour la france par Evelyne Bevort et Isabelle Bréda (CLEMI)