RÉSUMÉ DE L'OUVRAGE DE PIERRE MUSSO, CRITIQUE DES RÉSEAUX
Introduction
Niveau pratique : On vit en réseau, tout est réseau. La ville et la vie sont structurées selon les réseaux (les transports, l'énergie, la communication). Ils sont importants car ils modifient notre rapport au territoire. Les lieux, les pôles de réseaux sont des non-lieux car ils servent de lieux de transition entre plusieurs lieux. Les nœuds, les pôles construisent l'interconnexion. Réseaux = Connections. Pour passer d'un lieu à l'autre, on emprunte des liens, des chemins.
Niveau Théorique : Toutes les disciplines emploient le terme de réseau. Le rapport espace/temps est modifié.
La notion de réseau est utile à tous car :
- Le réseau ordonne le savoir social, c'est un procédé canonique de raisonnement car il permet d'ordonner, il est évident du fait de son influence historique.
- Le réseau est duel, entre social et technique. L'introduction de la technique dans un lieu modifie les éléments sociaux. Innovation technique = Changement social.
Les trois étapes du rapport technique/corps.
1.L'antiquité : Les réseaux sont soit naturels et donc à l'intérieur du corps humain donc invisibles, soit artificiels et rattachés à la femme qui tissait (mythologie grecque), ces réseaux étaient les vêtements donc extérieurs.
2.Le 18ème : Le réseau est reformulé comme une dialectique naturelle/artificielle, les deux réseaux se rejoignent, deviennent identiques.
3.Le 19ème : Le corps est pris dans les réseaux techniques. Le rapport au temps et aux territoires est modifié.
Le réseau s'explique par l'idée de connexions et d'interconnexions, la relation entre deux pôles. La pensée du réseau suppose de séparer ce qui est relié et relier ce qui est séparé.
La formation du réseau comme mythe et forme
1. L'IMAGINAIRE DURÉSEAU ENTRE ORGANISME ET TISSU
Un mythe : système de représentation inconsciente et collective très stable. Toutes les sociétés ont des mythes, ils sont indispensables.
RESEAU COMME TECHNIQUE DE TISSAGE ET DE CHASSE
IL existe deux sortes de réseaux : le vêtement et la technique de chasse et de combat. Le réseau vient du filet qui consiste à enfermer la proie (les États) et laisser circuler les flux (l'argent). La fabrication du filet vient d'un mouvement répétitif et alternatif. Le réseau est associé à la technique de fabrication du tissage, au mouvement alternatif nécessaire à l'entrecroisement des fils et à ses conditions de production, souvent féminine. L'usage des réseaux est un mouvement d'enveloppement et d'enserrement des corps.
La culture et le social font la technique, ensuite seulement elle a des incidences de désordre dans le social.
La technique est un rapport social, pas un outil. Elle est cristallisée par un objet.
La technologie est une représentation, un discours de la technique.
La technique peut souvent servir d'aide aux sociétés éclatées.
LE TISSAGE ET LE FILET DANS LA MYTHOLOGIE
Le dieu de la communication est Hermes, il circule dans le monde toute la journée. Hestia, sa femme, tisse toute la journée, elle est dans le mouvement continu mais sans bouger. Le couple reprend les formes de la communication.
Pénélope tisse en attendant Ulysse. Elle garde le pouvoir sur le temps en tissant et retissant le jour et la nuit en en restant sur place. Elle devait finir le tissage de son beau-père avant de prendre une décision.
Le réseau est le symbole du temps.
RESEAU METAPHORE CORPORELLE DANS LA POLITIQUE ET LA MEDECINE
La médecine s'intéresse au réseau pour penser le corps. C'est la médecine hippocratico-galienne jusqu'au 18ème.
Tout ce qui apparaît sur le corps renvoie au flux intérieur du corps. Le réseau-filet est un intermonde entre technique et représentation médicale du corps humain. Le filet sert de modèle de régulation chez Platon pour penser le gouvernement. Le lien fait partie des mythes royaux, pour définir l'art royal de gouverner. Cette analogie entre tissage et politique est fondatrice car elle est un moyen de surveillance du social.
Hippocrate (460-360 av JC), Hérophile (Fin 4ème av JC), Galien (129-200) ont introduit l'image réticulée pour penser le corps humain en imaginant des réseaux intérieurs et invisibles d'humeur en circulation. Pour Hippocrate, l'équilibre des humeurs garantit l'état de santé.
Toute pensée du réseau est une intelligence du changement.
LE CERVEAU-RESEAU DE GALIEN
Galien est le 2ème médecin de l'Antiquité en terme de célébrité. Il lie le cerveau avec le réseau. Chaque organe a une fonction déterminée, c'est une vision de "machinisation" de l'organisme. Il admet l'existence d'un triple pneuma : psychique, vital, physique. A chacune de ces âmes corresponds trois réseaux, afin d'unifier le corps et de coordonner les parties. Chaque organe se voit associer un réseau qui contribue à assurer sa fonction. Le cerveau est un réseau merveilleux.
P.Levy reprend cette vision en disant que l'internet est un cerveau planétaire qui crée de l'intelligence collective.
Les filets naturels du cerveau sont plus complexes que les artificiels. Le filet artisanal est remplacé par un filet naturel, plus subtil, la nature faisant mieux que l'homme. Il explique le cerveau par la nature.
Jusqu'à Descartes (1596-1650), le réseau enserre le corps, le décore, le capture, le laisse respirer, vivre, et lui permet même de penser. Il lie corps et filet, corps et tissu.
2. LA FORMALISATION LOGICO-MATHÉMATIQUE DU RÉSEAU
Pour Michel Foucault, le réseau est le grand réseau de savoir qui entretient un rapport essentiel à l'ordre. Le réseau technique demeure un tissage ou un filet artisanal.
RESEAU ET MODELE TECHNOLOGIQUE DU CORPS CHEZ DESCARTES
Il évoque une sorte de mouvement circulaire. En 1628, on remarque que le sang des animaux est animé et de manière circulaire, en agitation et en mouvement perpétuel en circuit fermé. Ce mouvement circulaire continuel et alternatif reprend les 1ères machineries hydrauliques. Il en conclu que le corps est conçu comme un réseau complexe de fibres permettant la circulation continuelle de sang, un ensemble de passages organisé selon le modèle d'une machine hydraulique.
Le réseau demeure une partie du cerveau, un tissu très dense placé à l'intérieur d'un tissu plus vaste. Il fait la différence entre réseau immatériel et réseau matériel. Le réseau du corps est un moyen de communication et de circulation des esprits vers les membres, et réciproquement. Il combine le corps aux techniques hydrauliques naissantes pour penser l'ensemble du fonctionnement du corps humain.
Le réseau comme un système de flux circulant en continu. Le réseau est jusqu'au 17ème dans le corps et de plus en plus sur le corps.
LEIBNIZ, PHILOSOPHE-INGENIEUR DU RESEAU (1646-1716)
Il met en œuvre l'esquisse de Descartes sur l'ordre du réseau. Le réseau conçu et réfléchi devient un modèle de rationalité, représentatif d'un ordre formalisable que la théorie mathématique va mettre en évidence. Il voit un ruisseau continuel qui constitue une force motrice régulière et jamais interrompue pour les pompes. C'est l'idée du ruisseau ininterrompu des flux dans un réseau. Il cherche à rendre régulier l'irrégulier, réduire l'empirisme de la nature à un mouvement rationnel, continu et uniforme.
Tout est affaire de connexion, de réseau et de circulation continue des flux. Il considère que tous les corps sont dans un flux perpétuel comme des rivières, et des parties y entrent et en sortent continuellement. Il distingue deux types de relations : comparatio et connexio, les relations sont toujours soit de comparaison soit de connexion. Il explique par son schéma l'existence de Dieu, "l'harmonie préétablie" (le nombre de liaison est égale au nombre de monades. Selon cette thèse, le réseau est mathématisé et divinisé. Cet ordre spatial est fait d'interdépendance, c'est à dire d'indépendance des monades et dépendance entre elles. Le réseau exprime l'ensemble de toutes les relations possibles dans le monde monadique. Il désigne un espace idéal de représentation fait de relation et de points, de sommets et de relations.
Le siècle des Lumières (18ème ) enrichit la notion de réseau.
LES INGENIEURS ET MATHEMATICIENS-CARTOGRAPHES
Vers la 2nd moitié du 18ème, les ingénieurs s'intéressent à l'espace qu'ils mesurent et représentent. Ils sont les nouveaux maîtres des réseaux. On observe alors une mise en scène réticulaire de l'espace, grâce notamment à trois innovations (ingénierie civile et militaire ; multiplication des instruments de topographie ; la représentation formalisable du réseau par la géométrie appliquée).
Avec cette géométrisation de l'espace, il se forme une nouvelle façon de regarde le monde, de scruter son organisation, d'imaginer ses structures.
Le territoire est mis en réseau.
Apparaît dès lors le sens moderne du réseau entendu comme réseau technique de communication superposé au territoire. Réseaux naturels et artificiels sont de nouveau positionnés dans un jeu de miroirs.
Le réseau est alors un réseau technique territorial. Le réseau modifie le rapport au temps et à l'espace. Il devient une matrice spatio-temporelle, c'est à dire un artefact technique complexe modifiant le rapport au territoire.
LA NAISSANCE DE LA CRISTALLOGRAPHIE, NOUVELLE SCIENCE DES RESEAUX
L'approche rationnelle et formalisée du réseau est renforcée par la cristallographie naissante, qui recherche dans l'infiniment petit la structure invisible des corps et décèle des effets de réseau dans les formes élémentaires de la nature. A.Bravais (1811-1863) envisage que tout cristal est comme un assemblage de petits polyèdres tous égaux entre eux et accolés par leurs faces. R-J Haüy (1743-1822 : créateur de la cristallographie) met en évidence la relation entre la forme externe du cristal et sa structure interne. Il cherche à rendre visible et lisible la structure cachée des corps. Le réseau oriente dans les entrailles des corps. Le réseau guide la vue et la connaissance, c'est donc un instrument privilégié de connaissance pour les Lumières. Il devient un moyen opératoire de passer du visible à l'invisible.
Le réseau est ainsi une figure géométrique composée de sommets disposés régulièrement sur un plan, c'est à dire une figure intermédiaire entre la rangée et l'assemblage, entre le plan et l'espace en 3D. Le réseau de réseau ou assemblage est comparable à un corps solide que l'on peut déplacer dans l'espace en gardant sa forme d'origine. Un réseau se définit alors par des sommets qui sont des intersections de systèmes et dont la structure est reproductible, calculable et mathématisable. Un réseau est un ensemble de systèmes qui se croisent de façon régulière par les sommets ou les intersections.
LE RESEAU, UNE REPRESENTATION GENERALE DE L'ENCYCLOPEDIE
La notion de réseau est devenue très courante dans le vocabulaire et la pensée du 18ème. Dans l'encyclopédie de Diderot (1713-1784), l'image de l'arbre cache la forêt des réseaux. Ce dernier est omniprésent et vient contester l'image dominante de l'arbre. L'encyclopédie énumère tous les objets qui peuvent être fabriqués en réseau. La notion s'étend à tous les objets faits d'entrelacement des fils. Le terme désigne aussi plusieurs machines nécessaires au travail du textile.
Le réseau est une structure cachée faite de fils entrecroisés. Il est une technique d'exploration des objets que le regard ne peut voir-comprendre immédiatement. Le réseau est une structure visible partout, les formes réticulaires se multiplient dans la nature. Le réseau jette aussi ses filets sur l'arbre et vient contester sa centralité symbolique.
Tout commence avec la technique et l'artefact du filet et du tissu, pour enserrer les organismes vivants, avant d'envahir la nature au siècle des Lumières. On transforme le réticulé en instrument de connaissance.
Au 18ème, le réseau est assez élaboré pour en faire un instrument de lecture et de connaissance du monde. L'architecture dessinée par les réseaux permet d'interpréter le monde. Le réseau fait le lien entre le visible et la compréhension, entre le perçu et le conçu. Il devient un outil de connaissance que les Lumières utilisent pour éclairer l'invisible. Ce réseau formalisé et mathématisé délivre une architecture laïcisée du monde et contribue au désenchantement du monde.
3. L'IDENTIFICATION CORPS-RÉSEAU
Corps et réseaux, rationalisés peuvent à nouveau s'identifier.
LES TISSUS CELLULAIRES, DE MALPIGHI A LAMARCK
L'encyclopédie apporte un 3ème sens au réseau : la signification plus moderne du corps réticulaire pour désigner un corps situé entre la peau et l'épiderme par M.Malpighi (1628-1694). Il inaugure une nouvelle vision du réseau comme micro-structure invisible qui permet d'expliquer le fonctionnement du vivant par simple déduction géométrique. Il cherche à explorer l'infiniment petit. Les machines de la nature sont de sorte des machines à l'infini. Le réseau est donc une connexion invisible de structure elles-mêmes invisibles, l'ensemble expliquant le fonctionnement de l'organisme complexe et visible. Il y a toujours une recherche de structure dans l'origine du réseau et du corps réticulaire. Cette définition du réticulaire (un corps situé entre la peau et l'épiderme) illustre le lien étroit que le réticulé entretient avec la technique artisanale du tissage et avec une vision du corps humain. Le réseau est un intermonde situé à l'articulation de la technique réticulaire et de l'interprétation de l'organisme. Le réticulé n'est plus seulement autour ou sur le corps mais bien à l'intérieur du corps.
Le réseau est depuis toujours lié au corps mais il devient son enveloppe visible et lisible. Le réseau intériorisé permet une communication entre les parties du corps humain. Le réseau devient la clé d'explication anatomique de toutes les parties du corps.
G.Morgagni (1682-1771) pense que le réseau assure le contact entre le corps et son environnement. Le réseau-peau est un lieu d'échanges entre les flux internes et externes au corps. Le corps et un réseau des réseaux.
Toute la nature est réseau (humains, végétaux, animaux…).
J-B Lamarck (1744-1829) marque une rupture car il distingue deux branches de production naturelle : les corps vivants et organisés et les corps bruts et sans vie. Le corps n'est vivant qu'à certaines conditions :
-avoir des parties contenantes et des fluides contenus
-avoir des parties contenantes faites de tissus cellulaires
-avoir une force excitatrice qui provoque le mouvement organique des fluides
->être une machinerie hydraulique faite de tuyaux, de tissus et d'une source énergétique.
Le tissu cellulaire est la matrice générale de toute organisation. Il est une excellente définition du réseau : il est filet ou un tissu enveloppant le corps et chacun des organes, il est à la fois un lien qui unit et un corps intermédiaire qui sépare. C'est téléphone un réseau naturel, autour du corps. Le corps est un territoire où les fluides tracent des réseaux, des routes et des canaux.
LA PENSEE BIOPOLITIQUE DU RESEAU CHEZ DIDEROT
Le corps et le réseau se confondent, permettant d'analyser rationnellement le social et le politique. C'est le premier à lancer cette notion dans le champ de la politique. L'association se réalise car l'organisation du corps et du réseau sont communes, c'est à dire en tissu. Il importe la notion de réseau dans le champ politico-social, par l'analogie du corps humain et corps social. Dans le rêve de d'Alembert, tout est réseau.
Il différencie le centre du réseau et sa périphérie.
| Centre | Périphéries |
|---|
| La mémoire, le despotisme, la surveillance, le pouvoir central, le contrôle, le siège central | La communication, l'anarchie, la périphérie sociale, l'échange avec l'extérieur, la circulation |
C'est à partir de cette étude que le passage de la pensée du réseau à la nature devient une pensée du réseau à la société. Il compare les fonctionnement interne du réseau à la société et non plus à la nature, 1ère fois dans l'histoire du réseau. Il instaure une vision biopolitique du réseau qui symbolise l'ambivalence du contrôle et de la circulation. Il désigne les deux figures du contrôle social : la surveillance centralisée et la circulation permanente des flux dans un circuit fermé. Le réseau s'identifie aux deux formes, entre centre et périphéries. Sa force est dans sa capacité de passer de l'un à l'autre et donc de rendre possible le changement social.
L'économie utilise l'image de l'eau pour le commerce et la circulation des richesses (mouvement circulaire) et la politique l'emploie pour illustrer l'ordre de l'état (mouvement d'écoulement) : le cercle et la pyramide.
Penser le fonctionnement d'un système complexe par sa structure cachée, ainsi on peut voir la structure invisible qui va nous expliquer le fonctionnement.
LA SUSPENSION DU MODELE TECHNOLOGIQUE DU CORPS
La pensée du réseau a toujours été liée avec les techniques de régulation de mouvements répétés ou continuels : l'hydraulique ou la fabrication de textile. La rupture dans le développement des techniques textiles entraîne un changement de système technique et conforte le triomphe de la forme réseau dans tous les domaines. La révolution technique du textile est arrivée avec la machine à vapeur qui pouvait se trouver à tous les stades de fabrication. Le réseau en tant qu'intermonde des techniques et métaphores corporelles est totalement repensé, aussi par les grands réseaux territoriaux.
La philosophie va alors chercher un nouveau mode d'explication de la vie et de l'organisme. La partie n'est plus une pièce d'un ensemble mais un tout individuel. L'organisme, comme la société, est construit de telle façon que les conditions de la vie élémentaire ou individuelle y soient respectées.
Le corps est un réseau de tissus traversés d'un réseau de flux régulés de l'intérieur par la circulation sanguine. Pas besoin d'un régulateur externe ou d'un Dieu, celui du corps est interne. L'autorégulation fonctionne pour penser le corps humain mais aussi la machine.
Pour Diderot, la nature et le corps sont libérés de toute référence divine, leur vérité est dans la structure réticulaire intérieure. La représentation en réseau est transposée sur les systèmes sociaux et techniques. Le corps vivant est un système de flux inscrits dans une totalité.
Le concept et le mythe moderne du réseau
Le réseau moderne est territorial c'est à dire qu'il transforme le territoire. On emploie pour la 1ère fois en 1802-1803 la notion de réseau pour un dispositif technique territorial.
1. LOGIQUE ET SYMBOLIQUE DU RÉSEAU CHEZ SAINT-SIMON
St-Simon (1760-1825) emploie la notion de réseau pour l'appliquer à la société présente et à venir.
LE CONCEPT DE RESEAU CHEZ ST-SIMON
Il produit le concept de réseau pour répondre à un problème théorique, politique et pratique : faire advenir un nouveau système social. La puissance de l'idée de réseau est qu'elle lui permet de penser la transition sociale par une mini-réforme vers un système social nouveau (du féodalo-militaire au industrialo-social) et de la faire venir par la réalisation des réseaux de communication.
Le corps apparaît comme un vaste réseau de réseaux, faits de canaux et de vaisseaux traversés de fluides et de flux. En continuité avec la nature, le réseau-organisme humain assure la circulation des fluides donc la vie.
Il oppose les corps organiques en réseaux et les corps bruts où les fluides dominent.
Traiter de l'organisme c'est traiter de plus complexe possible, et donc de fonder une méthode généralisable. Il suffit d'observer le corps humain, surtout le cerveau, pour connaître le complexe. Le corps physique sert de modèle à toute totalité rationnelle, y compris au corps social et politique. Le réseau est le fondement de la vie car il conditionne la circulation. Le réseau est à la fois visible et lisible à la surface des tissus et présent de façon invisible dans l'architecture profonde des corps.
Ainsi le corps organisé se solidifie et meurt qd la circulation des fluides cesse. La totalité concrète et rationnelle d'un corps résulte du déséquilibre entre fluides et solides. Un corps est un déséquilibre dynamique. Dès qu'est suspendue la circulation, la pathologie s'installe. La capacité entendue comme aptitude ou compétence est le lieu de passage du changement social, tout comme la capacité entendue comme contenant est le lieu de circulation des flux du corps humain.
Plus la structure interne du corps est complexe, plus son effet sur l'environnement est profond. L'organisation interne induit l'efficacité extérieure. Plus les relations internes à un corps organisé sont nombreuses, mieux le corps est organisé. La société la mieux organisée sera celle de la construction et de la multiplication des réseaux artificiels.
LE RESEAU COMME MOYEN DE LA TRANSITION POLITIQUE
Il parle le premier de la science politique. L'analogie entre corps humain et social est qu'ils sont tous deux des totalités rationnellement analysables, selon une logique identique, celle du réseau. Il cherche à assurer la transition, le passage au nouveau système. John Law (1671-1729) disait déjà (p173) : "la monnaie est dans l'état ce que le sang est au corps humain…"
Il définit la circulation comme la condition du fonctionnement et du changement du social. Seule l'idée du réseau répond à cette demande d'intermédiaire, car à la fois passage et médiation.
Il cherche à supprimer toutes les dépenses inutiles à la production. La société de l'époque est à l'envers, besoin de libérer les parasites (les frelons) et mettre les travailleurs (les abeilles) au pouvoir. Changer le système social revient à changer le rapport gouvernement-administration à l'intérieur de l'état.
La qualité d'une organisation sociale est proportionnelle à sa capacité à offrir des réseaux de communication. La construction de réseaux est d'utilité publique, c'est la garantie du bonheur matériel.
L'OPERATION SYMBOLIQUE DU PASSAGE DE LA VERTICALITE A L'HORIZONTABILITE
Les institutions d'un peuple ne sont que les conséquences de ses idées, son idéologie fondatrice du lien social. La nouvelle matrice est horizontale, exit la verticalité divine. La nouvelle matrice politique est selon l'axe du temps, du passé au futur. La Création c'est plus à l'origine dans l'acte divin, mais dans le processus humain de la maîtrise industrielle et technique de la nature par la réalisation de réseaux. Il veut inventer une nouvelle religion car la société a besoin d'un lien qui l'unifie. Ce nouveau christianisme ne peut être qu'une religion de la communication et de ses réseaux.
Le mouvement alternatif qui place le présent au centre de l'aller-retour entre le passé et le futur, pose un signe d'égalité entre le statut du passé et celui du futur. L'homme doit fixer son attention sur l'avenir. Le futur est désigné comme une réalité car il est une composante du présent. Le futur est lieu de référent, il occupe la place du vide symbolique. St Simon a établi que plus une organisation est organisée, plus elle a d'action sur l'environnement, donc plus une organisation sociale est évoluée et plus elle produit des travaux d'utilité publique, les réseaux. Il propose donc de lancer des grands travaux qui donnent de l'emploi au peuple et des bénéfices aux industriels, cela va produire de la communication et de la circulation sur le territoire et va développer le travail pour les ouvriers.
Cette nouvelle religion définit une organisation sociale basée sur une économie de la circulation de l'argent et du savoir, de la communication et du travail. La réalisation de ces réseaux est un plan général d'amélioration pour la propriété de l'espèce humain.
2. LA FÉTICHISATION DU RÉSEAU CHEZ LES ST-SIMONIENS ET PROUDHON
St Simon a été vulgarisé et instrumentalisé par ses disciples. Les st-simoniens veulent penser l'insertion socio-économique des nouveaux réseaux et imaginer des modes de régulation. Ils développent un culte religieux du réseau, qui consiste à créer un corps artificiel idéal.
LA REIFICATION DU CONCEPT DE RESEAU PAR M.CHEVALIER
Le réseau devient le symbole de l'association universelle. Ils sont dans la symbolique et le culte du réseau. L'encerclement de la méditerranée par des chemins de fers va produire la communication entre Occident et Orient. "Ce qui crée ne peut se concilier avec ce qui tue". Chaque port de la méditerranée est un lieu d'interconnexion de réseaux imbriqués entre terre, mer et eaux. Chevalier distingue les réseaux primaires et secondaires. Il reprend la métaphore corporelle pour penser le réseau. La notion moderne de réseau distingue deux familles de réseaux techniques : matériels (transport) et immatériels (argent) qui sont tous deux interdépendant.
Le réseau est chez Chevalier objet et image symbolique ; il était chez St Simon concept et opération symbolique.
Le réseau est opérateur symbolique et pratique de la religion st-simonienne. Les réseaux deviennent des symboles de la transformation sociale. L'exemple des chemins de fers en tant que symbole parfait de l'association universelle. La complexité du réseau dans la théorie de St Simon est réduite au réseau-objet devenu fin en soi. Il transforme un concept en objet (réification), puis fait de cette chose le symbole d'une totalité (fétichisation) à savoir l'association universelle.
Le réseau technique produit directement du changement social alors que chez St Simon le réseau est le point de passage, pensé et utilisé pour opérer cette transformation par des moyens politiques et symboliques.
Le réseau de communication vaut démocratie, association et égalité. Le concept du réseau est comme un objet fétichisé. Chevalier fait d'un concept une chose en réifiant le réseau qui cristallise un rapport.
Chevalier est critiqué par Enfantin.
LA FETICHISATION DU RESEAU COMME SYMBOLE DE CHANGEMENT SOCIAL
Enfantin reformule le concept st simonien du réseau et le réduit à son instrumentalisation technique. Le refus par Chevalier et Enfantin de la transformation sociale par des moyens politiques, véritable obsession de St Simon, trouve son aboutissement dans une politique et dans une idéologie de l'association universelle réduites à la religiosité des réseaux.
A partir de 1832, le mot réseau dans son sens moderne est omniprésent dans les textes des ingénieurs st-simoniens. Chevalier et Enfantin utilise la notion de réseau dans son sens moderne de matrice technique de communication aménageant le territoire.
Recouvrir la planète de réseaux et féconder le corps de la Terre-femme de réseuils, tel le mythe moderne que fondent les ingénieurs st-simoniens et que ne cesse de poursuivrent les politiques actuels de développement de réseaux. Il devient possible pour l'ingénieur, d'imaginer et de construire un corps social idéal, par combinaisons de réseaux interconnectés en référence au modèle du corps humain.
Chevalier a une thèse des trois thèses en ce qui concerne la gestion de réseau (soit elle est confiée à l'état, soit à des entreprises privées, soit par les deux avec subvention et surveillance du gouvernement mais exécution aux compagnies). Symboliquement, le réseau fait passer d'une société militaire et étatique à une société industrielle et entrepreneuriale, sa régulation économique ne peut être qu'intermédiaire entre état et entreprise.
En 1830, Enfantin (l'accent est sur l'aspect religieux du culte du réseau ; religion de la communication universelle par les réseaux), Chevalier (a une vision libérale et technocratique du développement des réseaux de communication) et Bazard (réseau pour penser le passage vers une société future) sont les trois voies possibles de développement potentiel de la théorie st-simonienne de la transition-réseau. Les proches d'Enfantin se consacrent à la réalisation de réseaux de circulation de l'argent, du savoir et de communication jusqu'à la fin du 2nd empire. Les réseaux de communication ont été réalisés en tant que pratique religieuse pour enlacer le globe. Il s'agit véritable acte d'amour de la Terre fécondée par le réseau, un enveloppement de la société par les réseaux techniques. Les projets des st simoniens sont dans cette religion de l'association universelle, en aménageant une circulation généralisée des flux, révélatrices de la perfection du réseau.
Le réseau est conçu comme concept par St Simon pour penser la transformation sociale, puis il devient le symbole de l'association universelle en tant que matrice technique conçue par les st simoniens. St Simon extrait le concept, les st simoniens le réifient et forgent une image symbolique, ils transforment ce concept en technologie.
UN TYPE DE SOCIETE INSCRIT DANS LA STRUCTURE DE RESEAU
Le st-simonisme fait entrer le réseau dans la société et le socialise. Selon Proudhon (1809-1865) ou Kropotkine (1842-1921), le réseau technique est un choix social qui se loge dans sa structure interne. Le réseau centralisé désigne une société centralisée. Le réseau technique et la société se définissent par la similitude de leurs structures. Les choix politiques se retrouve aussi dans les choix de l'architecture du réseau.
Pour Proudhon, comme pour St-Simon, il faut multiplier les flux et les échanges sociaux pour augmenter la liberté des individus et rendre dynamique la société. Comme la circulation du sang dans la corps, celle des flux permet le fonctionnement du corps social. Le monopole économique et la centralisation politique bloquent le réseau.
Proudhon oppose le réseau en échiquier (naturel, égalitaire) au réseau étoilé (artificiel, monarchique, centralisé).
Kropotkine voit dans la révolution réticulaire, la capacité à transformer les organisations, à passer de structures centralisées et hiérarchiques à de petites entités associées à des réseaux. Le réseau permet la décentralisation, l'autogestion, la possibilité de se débrouiller seul.
Le réseau technique est agent de la transformation sociale dans son architecture interne. Le concept de réseau investi par les images de sa vulgarisation, se dégrade en une technologie de l'esprit (réification) ; le mythe moderne de la transformation opérée par le réseau technique s'impose et se répète à l'occasion de l'émergence de chaque innovation réticulaire.
Après Sfez, la technologie de l'esprit est définit comme procédé canonique de raisonnement qui réduit le réseau à un passe-partout, ce qui marque la dégradation du concept en un décept. Cette technologie de l'esprit est une dégradation conceptuelle mais elle permet aux ingénieurs et théoriser leurs pratiques de conception, de construction et de régulation des macros-réseaux techniques territoriaux. On réduit une pensée à une chose (réification), afin de penser cette chose (pratique théorisé).
St-Simon et les St-Simoniens ont apporté la formulation et la vulgarisation du concept réseau.
La dégradation du concept et l'idéologie du réseau
Alors que le médecin cherchait un ordre et une logique à partir des effets de réseau observés dans et sur le corps humain, l'ingénieur s'emploie à identifier le réseau artificiel à un corps vivant, à le rattacher à des images corporelles, surtout le cerveau, pour naturaliser la technique. Faire du techno-naturel : Lucien Sfez. L'idée de Chevalier et Proudhon, d'une structure politique et sociale dans un réseau technique joue le rôle d'un Dieu caché moderne.
Le réseau saisit tout et n'importe quoi dans ses filets, il est devenu une idéologie, le symbole de la cathédrale tournée vers un monde meilleur à venir.
1. LA TECHNO-UTOPIE RÉTICULAIRE
Le lien entre le corps et le réseau est maintenu mais de façon inversée, c'est le corps et surtout le cerveau qui sert de modèle pour penser le réseau artificiel.
Les invariants de la techno-utopie du réseau
Le réseau technique serait à la société ou à la planète ce que le cerveau et le système nerveux sont au corps humain, à savoir les organes de leur régulation.
.Le 1er, le plus puissant et ancien associe le réseau et le corps, surtout le cerveau et le réseau. Légitimer l'artificiel par l'organisme naturel, c'est naturaliser le réseau artificiel. Lui donner corps pour être socialement inséré. Le modèle de l'organisme est cohésion, harmonie, expressivité. Cette métaphore corporelle assure la mise en scène de la rupture technico-sociale annoncée par l'émergence du nouveau réseau technique
.Le 2ème, répond à une logique, à un ordre. La construction graphique peut être qualifiée de réseau, qui est représenté par des liens établis entre des lieux sur un plan. Le réseau est une image simple et efficace.
.Le 3ème, annonce une révolution technique et donc sociale par l'éclatement du la structure sociale existante et promesse d'une modernité portée dans le Futur. Le réseau transforme la société, la transformation sociale par le réseau à l'occasion de chaque innovation nouvelle. On n'enveloppe plus la nature mais la société entière, présente et à venir. Le réseau est révolutionnaire. Il est le moyen de passage pour sortir d'une situation de crise, d'éclatement pour parvenir à du progrès, la paix, la prospérité
.Le 4ème, aide la paix et l'association universelle car une couverture artificielle planétaire. Il est la structure même de la planète. Chacun doit s'interconnecter et se définir en fonction. Le rapport au territoire est modifié, il rapproche.
.Le 5ème, apporte la prospérité. Le réseau donne réponse à la crise, assure le développement économique.
.Le 6ème, inscrit un choix de société et de politique dans l'architecture du réseau. Voir un contenu dans une forme. Le réseau déplace le politique et l'inscrit dans des choix techniques.
Le changement social découle du réseau technique. Il doit prendre corps pour devenir fiction dans l'utopie techno-politique.
LE RÉSEAU ÉLECTRIQUE ET LA PIEUVRE
Le réseau comme système nerveux de la société dont le symbole devient la pieuvre. L'électricité permet l'échange à distance en temps très court, le télégraphe relie la planète entière. Non seulement l'électricité amène l'hygiène, l'égalité(même intensité pour tous), le confort, l'efficacité, l'esthétique, la liberté individuelle (faire ce que l'on veut et qd on veut), une vie désormais possible dans les ténèbres et l'obscurantisme.
Les fictions littéraires dvlpent le thème de la révolution par le réseau, en tant que transformation de la vie quotidienne par le réseau et ses services. Sur le réseau, nous sommes toujours en mouvement, nomades et reliés à la planète.
A partir du 19ème, le pieuvre est le symbole de réseau de pvrs mystérieux, voire criminels (les réseaux financiers et industriels). C'est le symbole terrifiant et maléfique. Le réseau naturel monstrueux et le réseau électrique merveilleux instaurent une divinité, la diablerie. Le réseau artificiel offre la visibilité, même la nuit, ce qui le rapproche de la divinité, alors que le naturel est invisible, caché au fond des océans, assimilé à l'enfer, au diable.
Le figure de réseau renvoie toujours à la tête et au cerveau, comme instance de régulation et de direction. Le révolution électrique projette notre système nerveux tout entier sur le monde et ramène le monde à notre système nerveux.
La noosphère que Mac Luhan emprunte à Teilhard de Chardin est comme le cerveau technologique de l'univers.
LE RÉSEAU DE TÉLÉCOMMUNICATION ET LE SYSTÈME NERVEUX DE LA SOCIÉTÉ
Le réseau devient plus intelligent dans son mode de fonctionnement. La structure du réseau téléphonique correspond à un ordre de la nature, en évolution constante. Le réseau public de télécommunication constitue à système nerveux pour le pays et sa maîtrise est un enjeu de souveraineté. La révolution de 2000 sera celle de l'informatique pour tous, elle sera plus profonde dans ses effets car les réseaux de télécommunications constituent le système nerveux de nos sociétés, ces derniers provoquent une révolution sociale.
Les pyramides (communication unidirectionnelle et descendant) façonnent les organisations humaines, politiques et économiques, tandis que les réseaux ( interactif, égalitaire, dialogue, choix de voies alternatives) de télécommunications ont adopté des structures plus économiques pour gérer une communication interactive. Internet n'est pas un média à sens unique (consommateur et source d'information), pour une meilleure liberté, démocratie (bouscule les hiérarchies).
"le mal qui ronge la société lui vient de ses mauvaises structures d'organisation" : McCulloch et Pitts.
LES RÉSEAUX NEURONAUX ET L'ORDINATEUR
C'est la cybernétique qui vulgarise l'identification du réseau de télécommunication au système nerveux. La pensée est le produit de la structure matérielle du cerveau, c'est à dire du fonctionnement en réseau des neurones qui permettent des échanges permanents. Turing et Neumann veulent construire un automate dont le fonctionnement obéisse à une logique comparable, un modèle réduit de cerveau humain. Analogie de fonctionnement et d'architecture entre cerveau et ordinateur. La machine redevient une modèle pour concevoir le corps humain car elle est hypercomplexe. L'ordinateur comme un cerveau ou le cerveau comme un ordinateur.
Atlan : on peut se représenter un téléphone système par une entrée recevant des messages d'une source, une sortie transmettant des messages à un destinataire, et un réseau modulaire entre les deux qui, à la fois transmet et traite de l'information"
Le réseau naturel garde son mystère, il appelle le regard, l'artificiel non car il est pensé et fabriqué, il nécessite l'action.
Le réseau technique est censé réguler le social, comme le cerveau le fait pour le corps.
2. LA TECHNOLOGIE DE L'ESPRIT RÉTICULAIRE
La technologie de l'esprit, entendu comme un procédé canonique de raisonnement est l'expression de la dispersion théorique et de la commercialisation du concept devenu précept avec l'obligation de penser et d'être en réseau. Sa structure est la clé universelle d'explication de fonctionnement d'un système complexe.
LA PYRAMIDE ET LE RÉSEAU DANS LE DISCOURS SUR LES ORGANISATIONS
Tout pays qui veut tourner la page a besoin de réseau décentralisé, rapides et circulants. Le problème pour à venir est de créer un réseau des liens qui font progresser ensemble l'information et l'organisation. Le réseau modifie les organisations et la société dans son entier. La pyramide est verticale, le réseau est horizontal. Le réseau remplace la forme hiérarchique, c'est une recomposition souple de la pyramide sociale. Les TIC apportent une contribution à la mise en réseau d'une société décentrée. Le réseau coévolue avec son environnement, c'est du cerveau-facture.
LE RÉSEAU DANS LES DISCOURS SUR LE FONCTIONNEMENT DE LA SOCIÉTÉ
RTE : réseau technico-économique
RAP : réseau d'action public
MRT : macro-réseau technique
MST : macro-système technique
Le RTE permet de rendre compte d'un complexe sociotechnique où des humains et des non-humains interagissent en permanence. Il est difficile de séparer la description des acteurs et celle des techniques qu'ils utilisent. L'intermédiaire désigne ce qui circule entre les acteurs : argent, informations, objets techniques; compétences humaines. Ils sont des moyens de communication, de coordination, et d'entredéfinition. Des acteurs sans intermédiaires sont isolés, dispersés, sans identité. Le réseau se définit par la relation et l'intermédiaire.
Le RAP, sont le résultats de la coopération non hiérarchique entre organisations. Plus le concept est flou, plus il est susceptible d'avoir du succès car ok pour tous. Le réseau est concept liant dans une société éclatée, on ne met en réseau que ce qui est en morceaux, le réseau retisse. Le RAP est modèle d'intermédiation des groupes d'intérêts. Derrière son masque simpliste et séduisant, peut se cacher une réalité inverse.
Le réseau est une structure d'interconnexion des composants d'un système, il s'accompagne d'un nécessaire contrôle des échanges et affecte les relations de pouvoir. Les réseaux deviennent des enjeux de pouvoir car ils transforment le fonctionnement de la vie politique ou sociale.
N.Elias : la société est comme une configuration de relations formant réseau, voire réseau de réseaux. Les réseaux de relations sociales sont un mouvement perpétuel, tissant et défaisant des relations.
Flament : il faut recourir à la mathématisation du social car la théorie des graphes permet de manipuler certaines structures pauvres. Tout groupe social ne peut exister en tant que groupe que si ses membres échangent des communications.
Vincent Lemieux : le réseau est comme un type de système social pouvant exister dans les organisations. La régulation se fait par voisinage et par extension, car le réseau n'a pas de limite.
LES ÉCLATS DU CONCEPT DE RÉSEAU
La dégradation vient d'un trop d'utilisation. A peine pensé par St-Simon, son concept a été vulgarisé et fétichisé par les St-simoniens par sa transformation en culte du réseau technique. L'utilisation d'une notion est la preuve de son efficacité idéologique. La techno-utopie : Ensemble de récits et de fictions associées à des réseaux techniques ; Technologie de l'esprit : dispersion idéologique du concept originel.
Atlan : le réseau est plus que la machine, mais moins que le vivant, plus que le linéaire mais moins que l'hypercomplexe, plus que l'arbre, mais moins que la fumée. C'est un être intermédiaire.
Le réseau est un concept dégradé, un précept méthodologique, un percept graphique et un décept théorique.
3. LA RÉTIOLOGIE
Elle célèbre les nouveaux réseaux techniques et apporte la promesse des transformations de la société. Elle annonce la société future, en œuvre dans la construction des réseaux techniques, l'imaginaire et les pratiques qu'ils suscitent.
LE CYBERESPACE OU LA FLUIDIFICATION GÉNÉRALISÉE
C'est l'image d'un réseau universel connectant tous les cerveaux individuels branchés. Le cerveau et l'ordinateur sont en partenariat et non en substitution. Le cyberespace dissout le territoire, le corps, les institutions.., seul le cerveau est sollicité : l'extermination corporelle de Negroponte.
LA SOCIÉTÉ EN RÉSEAUX DE MANUEL CASTELLS
C'est une synthèse de la techno-utopie et de technologie de l'esprit réticulaire à l'heure d'internet. Internet est le réseau pur, l'épine dorsale de la communication informatisée globale. Internet est le passage de la mutation technique à la transformation sociale, c'est la base matérielle pour créer une société nouvelle. Mais un décalage entre la mondialisation et l'identité, entre le réseau et le sujet. Seul dans un réseau une pluralité d'éléments divergents peuvent rester cohérents. Le cyberculture est adéquate à l'organisation de l'entreprise en réseau. Il conclue : le réseau est un ensemble de nœuds interconnectés. Un nœud est un point d'intersection d'une courbe par elle-même. La réalité d'un nœud dépend du type de réseau auquel il appartient. On régénère une société soit par fluidification généralisée, soit par recomposition dans un nouveau tissu social.
LE DOUBLE CORPS DU RÉSEAU
Le réseau est ambivalence de la vie et de la mort, un binôme à deux versants afin d'assurer mieux le passage d'un état à l'autre. Le réseau permet le passage et le dépassement de la contradiction initiale en son contraire.
Conclusion
Un réseau assure le passage horizontal vers le futur porteur de promesse d'un age d'or terrestre. Le corps naturel a été un modèle d'organicité et d'unicité pour représenter le réseau technique artificiel, puis l'artificiel prend la place du corps comme lieu de passage et de transition vers la société future. Le réseau reste une structure invisible ordonnant les profondeurs et reliant les composants du corps, de la nature ou de la société.
L'arbre a été l'enracinement, la hiérarchie et la verticalité religieuse en reliant terre et ciel, le réseau est l'objet fétiche pour le culte contemporain du mouvement, du passage et de l'horizontalité reliant présent et avenir. L'arbre relie le monde souterrain invisible des racines, le monde terrestre visible et le monde céleste vers lequel il se prolonge, attiré par la lumière. Le réseau relie les structures invisibles de la société, le monde visible présent et le futur terrestre vers lequel il met en mouvement. Ils dévoilent tous deux l'invisible.
Filets, tissus et vêtements qui entourent le corps, son intérieur est déjà fait de réseaux multiples.
L'intégration du réseau se fait à la surface du corps, la peau est une 2ème enveloppe naturelle, après l'enveloppe artificielle.
Le réseau-filet dont les représentations et les usages sont venus d'une des techniques les plus anciennes; le tissage, a permis de saisir et de penser toute la Nature, grâce à la physiologie et à la cristallographie, avant que les ingénieurs ne se l'approprient à leur tour pour interpréter les nouvelles techniques autorégulées de la RI. Toutes les conditions sont réunies au début du 19ème pour l'invention du concept moderne de réseau, à la confluence de plusieurs disciplines traitant des flux et des réseaux : la médecine, l'ingénierie civile et militaire, l'économie politique et la cristallographie.
Jusqu'à la fin du 18ème, le réseau garde son rapport aux techniques du textile, mais aucun rapport avec les voies de communication sur le territoire car ces derniers n'étaient pas encore pensés en réseau mais en lignes. La grande rupture au début 19ème est la sortie du réseau du corps. Le réseau n'est plus seulement observé sur ou dans le corps, il peut être construit comme une machinerie autorégulée et superposée au territoire (chemins de fer). Le territoire est un nouveau corps à envelopper, le réseau est construit et devient une machine. La naissance du concept moderne de réseau, en tant que structure artificielle d'aménagement spatio-temporel du territoire, est en liaison avec la machine de Watt.
Les réseaux modifient le rapport au temps et à l'espace, ils sont donc des matrices techniques, des réseaux de pouvoir.
St Simon reprend en fait les variantes du réseau : le réseau-métaphore du contrôle social, de la circulation sociale dans flux ; le réseau-concept en passage rationnel d'un état à un autre : le réseau-matrice technique.