QU'EST CE QUE LA COLLABORATION ?

Définition du collaboratif

A. Grand dictionnaire terminologique de l'Office Québécois de la Langue Française (OQLF)

Collaboratif : ce qui, dans un environnement informatisé ou en ligne, vise à favoriser la collaboration entre pairs, en permettant d'échanger et de partager des compétences pour mieux réussir un projet commun.

B. France Henri, Karin Lundgren-Cayrol

Nous retrouvons dans leur ouvrage, l'apprentissage collaboratif à distance1 de nombreuses définitions de ce que nous pourrions nommer la collaboration. Elles ont distingué les apprentissages selon les théories des constructivistes, des psychocognitifs, des sociocognitifs. Pour autant, elles se sont mises en accord pour en définir une définition principale et plus générale. La démarche collaborative couple deux démarches : celle de l'apprenant et celle du groupe.

L'apprentissage collaboratif est une démarche active par laquelle l'apprenant travaille à la construction de ses connaissances. Le formateur y joue le rôle de facilitateur des apprentissages alors que le groupe y participe comme source d'information, comme agent de motivation, comme moyen d'entraide et de soutien mutuel et enfin comme lieu privilégié d'interaction pour la construction collective des connaissances. (…) L'apprenant s'engage à travailler avec les membres du groupe en vue de la réalisation du but commun tout en conciliant ses intérêts et ses objectifs personnels. Les échanges avec le groupe et la réalisation d'une tâche collective lui permettent de partager ses découvertes, de négocier le sens à donner à son travail et de valider ses connaissances nouvellement construites. En se donnant un but, (…), le groupe, en tant que groupe, apprend et construit des connaissances. Dans la démarche collaborative, les apprenants collaborent aux apprentissages du groupe et, en retour, le groupe collabore à ceux des apprenants.

C. Nicolas Deguerry

Suite à la 3ème journée d'étude du FFFOD (Forum Français pour la Formation Ouverte à Distance) le 15 octobre 2004 (Paris), l'auteur a rédigé un article2, dont le titre est : l'apprentissage collaboratif : coopérer pour apprendre, apprendre à coopérer.

Le concept de collaboration est très en vogue dans les sphères de la e-formation. Il peut se définir comme une "stratégie pédagogique qui favorise l'interdépendance cognitive et sociale entre les apprenants, qui prend en compte les différences inter-individuelles et qui donne un rôle actif aux agents éducatifs."

D. Brigitte Cord-Maunoury

Elle est spécialisée en utilisation des nouvelles technologies pour la formation. Elle fait partie de l'équipe enseignante d'un DESS Ingénierie de formation à l'Université Pierre et Marie Curie 4. Chef de projet multimédia depuis 1995, elle participe aux activités de conseil et de formation en NTF (Nouvelles Technologies de la Formation) de la Cellule Ingénierie et Multimédia de la Formation Permanente de l'Université Pierre et Marie Curie (Paris XI).

Par travail collaboratif, elle désigne, d’une part, la coopération entre les membres d’une équipe et, d’autre part, la réalisation d'un produit fini : Internet apparaît alors comme l’outil "adéquat" pour mettre en oeuvre des pédagogies collaboratives. En effet, ses fonctionnalités de communication et de consultation sont utilisées dans le travail collaboratif pour la partie coopérative. Les possibilités qu’offre internet en terme de création permettent la réalisation et la publication d’objets communs, le plus souvent des sites : les deux moments du travail collaboratif sont servis par le même outil. Dans un projet collaboratif, le but est de créer quelque chose en groupe et notamment en communiquant. La communication est alors un moyen et non pas une fin en soi.

Par travail collaboratif, les pédagogues définissent l'implication et l'engagement mutuel des participants au sein d'un groupe d’acteurs dont le but est d’atteindre un résultat précis ou de résoudre un problème. Définition simple et universelle mais dont l’objet a pris un essor important avec le développement d’internet, qui regroupe en un seul outil des fonctionnalités de consultation, publication et mise en relation.

Distinction entre apprentissage coopératif et apprentissage collaboratif

Afin de mieux se rendre compte des différences entre les deux apprentissages, il m'a semblé préférable d'intégrer un tableau que vous trouverez à la page suivante:

Variables pédagogiques et organisationnellesApprentissage coopératifApprentissage collaboratif
Structure d'activité pédagogiqueImposée par le formateurChacun donne un sens à sa propre formation : souple et ouverte
Formule pédagogiqueEn équipe pour un œuvre collectiveTravail individuel soutenu par des activités de groupe
ParticipationObligatoireVolontaire et spontanée
Les tâchesRépartition et division négociéeTravail commun pour chacune des étapes
ResponsabilitésLimitée car l'apprenant ne doit exécuter que ces tâchesGlobale et collective
Contenu de formationStructuré et présenté par le formateurLes apprenants doivent explorer et s'approprier les objets
InteractionsSeulement pour l'organisation, la coordination et le suivi de l'avancementDes contacts réguliers et permanents
AutonomieLe formateur contrôle l'apprentissage du fait du manque d'autonomie des apprenantsLe contrôle se réalise ou non selon la maturité et l'autonomie des apprenants. Encouragement à l'autonomie
EvaluationElle porte sur la production finale avec une note pour le groupeElle porte sur les connaissances acquises, invitation à connaître ses stratégies métacognitives et son processus d'apprentissage
RésultatsCorrects mais manque de réflexions et de discussions collectivesCohérentes et recherchés du au conflit socio-cognitif : intelligence collective

Distinction selon des auteurs entre coopération et collaboration

A. Jean Heutte, formateur associé au Campus Virtuel des TIC, Université de Limoges et chargé de cours, en sciences de l'éducation, au Centre de Télé Enseignement Universitaire de Lille.

La distinction entre coopératif et collaboratif s'opère en distinguant les relations qu'entretient chaque individu avec les membres du groupe, sa responsabilité par rapport aux actions, sa capacité à influer sur la définition et l'enchaînement des actions permettant d'atteindre l'objectif assigné au groupe.

B. François Bocquet, dirigeant des activités portail Club-Internet/T-online France.

Lors d'un séminaire TICE du 6 avril 2003 à Nantes, il atteste que nous pouvons parler de travail collaboratif seulement dans le cas où deux ou plusieurs personnes en mode asynchrone ou non (c'est à dire en échange instantané ou non), dans un même lieu ou non : -échangent des points de vue, -planifient et gèrent leur temps, -organisent un travail collectif, -partagent de l'expérience, -définissent des objectifs communs, -construisent des informations et des compétences ensemble.

Exemple : Réseau d'Echange Réciproque des Savoirs : les RERS

A. Description

L'idée du RERS (Réseau d'Echange Réciproque des Savoirs) est née dans les années 1970 avec Claire Héber-Suffrin. Elle est docteur en psychosociologie et a été institutrice pendant 15 années. Elle a fondé les RERS avec son mari, Marc Héber-Suffrin. Elle a fait l'expérience des échanges de savoirs dans sa classe de Orly.

Ensuite le projet est sorti de l'école pour s'adresser à tous les habitants d'un quartier. L'idée s'est ainsi développée et aujourd'hui, il existe plus de 350 réseaux en France mais aussi à l'étranger comme en Suisse, en Espagne, en Belgique, au Brésil, au Kenya…

Ce concept s'adresse à tout ceux qui le souhaitent : enfants, adolescents, adultes, personnes âgées… Quel que soit l'âge, la position ou le niveau social, l'origine, la profession, l'appartenance philosophique et/ou religieuse, les échanges de savoirs traversent les cultures et les générations.

Chacun a des savoirs (qu'ils soient intellectuels ou pratiques) qui peuvent intéresser les autres et tout le monde est capable d'être en situation d'apprendre des savoirs proposés par d'autres.

Nous pouvons donc tous apprendre et tous transmettre. Plus des personnes échangent leurs savoirs, plus le réseau est riche. Pour participer, il suffit de formuler une offre et une demande de savoir et de les faire connaître au réseau de l'endroit où l'on vit. Une équipe d'animation met en relation l'offreur et le demandeur qui décident ensemble des contenus, des méthodes d'apprentissages, de la durée, de la fréquence des rencontres, de l'heure, du lieu. L'équipe veille à respecter le rythme de chacun. La seule monnaie échangée est le savoir que l'on donne et/ou que l'on reçoit.

"Le don crée de la valeur, puisque celui qui acquiert n'appauvrit pas celui qui donne et que le donateur s'enrichit de donner3"

B. Effets

Se découvrir capable d'apprendre et de transmettre ses savoirs donne confiance en soi et permet de construire des expériences positives d'apprentissage. Lorsque nous sommes dans la situation d'enseignant (ce qui est fondamental dans les RERS car chacun est à tour de rôles en situation d'apprenant ou d'enseignant), il nous est nécessaire de faire le point sur ce sur nous souhaitons transmettre aux autres. Celui qui se met en situation d'enseigner ce qu'il sait, découvre en tâtonnant, les démarches de transmission qui l'enrichissent à son tour.

Le fait d'enseigner place alors les enfants mais aussi les adultes dans une position valorisante car ils prennent conscience de leur capacité et l'envie d'apprendre leur revient. C'est une distanciation qui va permettre de se réapproprier les connaissances, de les réorganiser différemment et ensuite seulement de les transmettre aux autres. Transmettre, c'est donc réapprendre car même durant la transmission du savoir, les apprenants vont poser des questions qui vont interroger l'enseignant sur ces pratiques et sur les savoirs qu'il pensait maîtriser ou non. C'est une excellente manière de réorganiser ses savoirs, de se distancer face à eux pour mieux se les réapproprier dans un contexte nouveau.

Se découvrir capable de s'impliquer dans des relations d'échanges de savoirs en brisant les barrières d'âges, de classe sociale, de culture donne à ceux qui le désirent les moyens de s'inscrire dans un projet de création collective (apprendre avec autrui à construire autrement).

Dans les RERS, il n'y a pas de nationalité ou plutôt, il y en a beaucoup. Personne n'est rejeté, au contraire, la diversité du groupe en fait sa richesse car plus le public est hétérogène, plus il a des choses à transmettre aux autres.

Nous avons tous été formés dans des systèmes verticaux, hiérarchiques, centralisés, compétitifs et stables. Or le réseau appelle une culture de démarche plutôt que de programme, où l'on prend en compte l'aléatoire, l'inattendu, où une place est donnée à l'imprévisible. C'est une culture de la rencontre comme occasion d'ouverture, d'inventivité, d'enrichissement des perspectives.

Nous avons tous à apprendre et à transmettre, il n’y a pas de petits ou de grands savoirs : chaque savoir acquiert une valeur très précieuse du fait qu'il est demandé par quelqu'un qui en a besoin ou envie. Toute personne peut faire des offres et demandes de savoirs, savoir-faire, expériences. Tout le monde agit avec les autres et par les autres. La valeur de la réciprocité est primordiale, elle est une dimension essentielle et vitale de l’échange. Chacun est à son tour offreur et demandeur, apprend de quelqu’un et apprend à quelqu’un, en binôme ou en petit groupe.

Les RERS permettent à certaines personnes en froid avec les institutions scolaires de découvrir une nouvelle façon d'apprendre et d'enseigner ce qui va les motiver pour s'engager dans une nouvelle formation, redécouvrir le plaisir d'apprendre, de savoir et de transmettre. La pratique des échanges de savoir produit des effets valorisants, dynamiques et positifs sur les personnes et sur les groupes sociaux. Les réseaux sont un nouvel art de vivre, une citoyenneté vécue, une véritable convivialité.

On y trouve une réelle reprise de confiance en soi, un changement et une valorisation des aptitudes, une autonomie accrue, une casse de la logique : dominant/dominé, assistant/assisté que le système éducatif français tend à renforcer.

L’édition de référence libre et collaborative : le cas de Wikipedia

PAR L'INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE PÉDAGOGIQUE, LA CELLULE DE VEILLE SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE TEXTE INTÉGRAL :

http://ticeducation.xwiki.com/xwiki/bin/download/Main/Dewey004/L%27%E9dition+libre+et+collaborative.pdf

Sommaire

  • Wiki et encyclopédie
  • Wikis à vocation encyclopédique
  • De Nupedia à Wikipedia
  • Principales critiques
  • Vers un savoir multiforme, ouvert et actuel ?
  • Des contenus multilingues et traduisibles
  • Architecture et catégorisation
  • Des contenus libres de droits et réutilisables
  • Des contenus actualisés en permanence
  • Vers un savoir co-construit, démocratique et perfectible ?
  • Quelques dispositifs pour l’auto-gestion et l’auto-régulation
  • Processus de stabilisation des articles et gestion des conflits
  • Fiabilité et qualité
  • Dialectique wiki / contenus
  • Les Wikipédiens : statuts, rôles et profils
  • Une hiérarchie de pouvoirs techniques
  • Des architectes aux profils diversifiés
  • Des écoles de pensée qui s’affrontent
  • Acculturation et création de sens
  • Contributions périphériques ou anonymes
  • Vers une organisation apprenante ?
  • Revue de projets pédagogiques
  • Wikipedia comme organisation apprenante ?
Conclusion Bibliographie Recherches Débats et réflexions Sitographie