le tutorat en FOAD

Pour les apprentissages médiés par une plate-forme d’enseignement à distance, des tuteurs sont nécessaires. Le véritable tutorat n'est pas une assistance technique. C’est un projet pédagogique. On est dans une co-construction du sens qui n'est pas une co-construction de la réalité à travers l’affect. Le tutorat est un projet pédagogique où le tuteur s'engage à faire acquérir au tutoré des savoirs selon certaines procédures. Et ces savoirs n'étant pas établis de manière canonique mais étant adaptée aux besoins du tutoré. C'est en cela que c'est un véritable projet pédagogique. Et c'est en cela que le tutoré acquiert des savoirs et des savoir-faire. Mais le tuteur en acquiert d'autres. Il en acquiert d'autres de deux manières. Tout d'abord, il acquiert des savoirs de tuteur, des savoir-faire liés à la transmission des savoirs. Mais en même temps, il affine sa perception qu'il a des choses parce qu'il est obligé de les partager et que, à partir du moment où on est obligé de partager quelque chose, l’implicite ne suffit plus et il faut pouvoir passer à l'explicite. Et dans ce processus, il faut s'interroger sur des points que l'on a acquis sans véritablement en prendre conscience.

postures des tuteurs

Un tuteur peut avoir une posture proactive. Par là, j'entends qu'il devrait, par exemple, aller au devant des étudiants qui ne se sont pas encore manifestés ou qui ont pris du retard dans leur travail. Il organise des conférence par VOIP, des clavardages,… Un tuteur peut avoir aussi une posture rétroactive. Il répond alors aux demandes individuelles des étudiants.

Le risque de l’absence de posture proactive est d’une part, la bureaucratisation s’il n’y a pas de rétroaction après chaque bilan ; il n’y a pas alors d’évaluation formatrice qui se fait dans et par l’étayage dans l’interaction, passage intermédiaire avant une évaluation formative. Cette dernière, se fait alors que l’individu est capable d’un degré suffisant d’autonomie qui ne s’acquière que par un processus réflexif sur sa propre activité qui est du domaine du préréfléchi (l’inconscient de l’action) (cf Donald Schön (1983), le praticien réflexif). Comme l’écrit Philippe Meirieu, «lorsqu'on monte un spectacle, ce n'est pas au bègue qu'on confie le premier rôle, alors même que c'est lui qui en profiterait sans doute le plus. La logique d'une représentation réussie contredit la logique de formation, pour une raison assez évidente : pour apprendre, il faut que chacun soit mobilisé, dans sa zone de proche développement, zone où, par définition, il peut apprendre, mais n'a pas déjà appris, zone où il hésite, va lentement, revient sur ses pas, commet des erreurs, demande de l'aide (...). »

posture de médiateur.

Après avoir été un accompagnateur durant le parcours, un facilitateur des apprentissages, le tuteur (la tutrice) doit s'effacer progressivement pour faire accéder l'apprenant à l'autonomie. Durant tout le parcours,il est un "compagnon" (au sens étymologique de qui partage le pain). Il guide les apprentissages, soutient dans les moments difficiles, sert d'intermédiaire entre les professeurs et les étudiants, anime une communauté d'apprentissages...

Durant un apprentissage, l’autonomie est un processus qui s’appelle l’autonomisation de l’individu.On peut se poser la question du dosage de la guidance pour accéder à davantage d'autonomie dans une perspective de professionnalisation.

Voici une typologie du tutorat.

Le tutorat peut comporter plusieurs formes. "- Le tutorat individuel est celui qui permet un suivi de parcours individualisé depuis la situation initiale de positionnement jusqu’à la présentation du dossier de certification. Il assure le suivi de chaque apprenant et lui permet de s’orienter dans le dispositif.

  • Le tutorat de situation est un tutorat ciblé, exercé par une personne ayant pour mission de permettre le suivi et la réussite dans une situation spécifique.
  • Le tutorat collectif est celui qui gère l’ensemble du dispositif et qui, articulé avec le tutorat individuel, permet une « vie de groupe » et une articulation entre les différents pôles du dispositif."
Demander de remplir des bilans hebdomadaires, c’est en rester au niveau de la tâche prescrite et de la tâche réalisée sans s’occuper à aucun moment ni de l’activité (tant du réel de l’activité (qui comprend aussi ce à quoi on a renoncé, les détours, les erreurs,…) ni de l’activité réelle pour mener à bien une tâche (ce qui est effectué) (cf Yves Clot (1999). La fonction psychologique du travail) ). C’est aussi, d’autre part, laisser sur le bord du chemin les étudiants n’osant pas contacter quelqu’un qui ne les a jamais contactés. Le tuteur n’aurait pas rempli son rôle de compagnon qui accompagne tout au long du chemin de la connaissance. Il n’aurait pas alors une posture de médiateur.

Quand l'autonomie est atteinte, il y a autoréférence, c’est à dire intériorisation de savoirs, de normes, de valeurs qui se réalisent dans des compétences en terme de savoirs, savoir-être, savoir-faire qui pemettent à l’individu d'agir de manière autonome à l’intérieur de cadres institutionnels : professionnels, sociétaux,...Autrement dit, on passe d'une autonomie dans l'apprentissage à une autonomie dans la production.

Merci à l'ex inspecteur stagiaire de l’Education nationale chargé des TICE dans les Pyrénées Orientales (année 2003 – 2004) et aux étudiants en master 2 GAF durant l’année 2007 – 2008. Le débat avec eux fut profitable pour rédiger cet article.

Tags : tutorat FOAD tuteur tutrice formation distance médiation accompagnateur facilitateur enseignement apprentissage