DES ETABLISSEMENTS EXPERIMENTAUX

Des établissements secondaires pas comme les autres

En septembre, cinq collèges expérimentaux devaient ouvrir dans les académies de Paris, Versailles, Aix-Marseille et Lyon, avec l'accord de l'Education nationale. Il s'agissait du collège Jean-Jaurès et du lycée Lumière à La Ciotat (13), du collège Beaumarchais à Meaux (77), du collège Chevreul à L'Hay les Roses (94), du collège Vallès à La Ricamarie (42) et du collège Les Explorateurs à Cergy. Ce sont des établissements publics difficiles, pas forcément classés en ZEP, mais où l'échec et la violence scolaires sont élevés, précise Mark Sherringham, conseiller de Xavier Darcos (ministre de l'éducation nationale française depuis le 18 mai 2007dans le gouvernement Fillon).

L'homme à l'origine de ce projet est Gabriel Cohn-Bendit, un militant de l'éducation alternative. Ce «libertaire d'extrême gauche», comme il se définit lui-même, a fait connaitre ses idées au grand public avec «Lettre ouverte à tous ceux qui n'aiment pas l'école", Editions little big man en 2003 en réaction au livre de Luc Ferry en 2003, alors Ministre de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la Recherche en France qui s'intitule "Lettre à tous ceux qui aiment l'école", Editions Odile Jacob.

Il avait peu de chances de voir X.Darcos, l'actuel ministre, ex-prof de khâgne (surnom donné à ces classes préparatoires), prêter une oreille attentive à son projet pour la rentrée 2008. Pourtant, trois cents enseignants se sont déjà portés candidats sur le site Internet du Café pédagogique (http://www.cafepedagogique.net). Gabriel Cohn-Bendit a obtenu carte blanche du ministre. «D'habitude, les enseignants veulent quitter ces établissements, alors si certains veulent y aller, pour travailler différemment, à budget égal, on est ouvert!», confirme le conseiller.

Texte tiré de celui de Laure de charrette, http://www.20minutes.fr/article/209815/France-Des-colleges-pas-comme-les-autres.php

Mais qu'est un établissement expérimental ?

Un collège ou un lycée expérimental est un établissement d'enseignement secondaire qui bénéficie d'un statut dérogatoire à des fins d'expérimentation et d'innovation pédagogique. C'est à dire que ces établissements ne sont généralement pas sectorisés par la carte scolaire et que les équipes pédagogiques y sont constituées sur la base du volontariat autour du projet d'établissement (ainsi les 300 professeurs volontaires pour le projet déposé par Gabriel Cohn-Bendit).

Prenons l'exemple du lycée expérimental de St-Nazaire, (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lyc%C3%A9e_exp%C3%A9rimental_de_Saint-Nazaire)

C'est un lycée général, cogéré et non-hiérarchique. Son organisation se fait avec tout le monde, que ce soit le personnel pédagogique mais aussi les élèves. Cette cogestion s'exerce au niveau politique (à parité par le collège élève et le collège équipe éducative) ; au niveau pédagogique (toutes les activités sont coprogrammées) ; au niveau matériel (les tâches ménagères, la cuisine, le secrétariat, la documentation sont réalisées tour à tour par des groupes mixtes, c'est à dire des élèves et des membres de l'équipe pédagogique.

Mais à quoi ressemble le quotidien dans ces collèges?

«Il faudra dix-huit élèves maximum par classe. Ils suivront des cours de théâtre, de piano, de yoga… Les profs d'histoire pourront donner dix heures de cours une semaine, puis zéro la semaine suivante. Il n'y aura pas forcément de notes. Chaque classe fera un immense voyage en Afrique ou ailleurs une fois au cours de la scolarité. Les élèves pourront exprimer un désaccord, ils seront estimés», détaille tous azimuts Gabriel Cohn-Bendit. C'est une école où Google Earth (logiciel propriétaire de la société Google permettant une visualisation de la terre avec un assemblage de photographies aériennes ou satellitaires, avec des versions payantes mais également gratuites) sert de manuel de géographie.

En fait, le ministère n'impose qu'une seule limite: le respect des programmes nationaux. Les cinq collèges seront tout de même évalués dès la première année, en fonction du taux de redoublement, de la réussite au brevet, mais aussi du climat au sein de l'établissement. Les défenseurs d'une «autre école» ont trois ans pour convaincre.

Mais ...

Les principales critiques concernent le manque de cadre pour les élèves, trop souvent laissés eux-mêmes, vis à vis des élèves des établissements plus traditionnels. En effet, les élèves vivent que très rarement chez leurs parents et ne sont pas en internat ; l'absentéisme est élevé car il n'y a pas de contrôle de présence en cours, seul un suivi des projet des élèves est mis en place chaque semaine. L'autre critique est le taux de réussite au bac. Un des plus faibles de France mais qui s'explique par des élèves qui s'inscrivent aux épreuves sans pour autant vouloir les passer. De plus, les élèves de ces établissements sont ceux qui ont été refusés dans les autres. Pour autant, certains obtiennent leur bac alors que très majoritairement, ils avaient été orientés vers un apprentissage et n'étaient pas jugés aptes à suivre un enseignement général.

Et pourtant

Depuis l'appel lancé par Gabriel Cohn-Bendit sur le site du café pédagogique pour réunir des volontaires, des enseignants demandent chaque jour à intégrer le projet. Cela montre la forte volonté de certains professeurs qui souhaitent se mobiliser pour un meilleur apprentissage et des situations de travail plus favorables dans les établissements difficiles que ce soit pour les étudiants comme pour les enseignants.

Après avoir obtenu le soutien de Xavier Darcos en septembre 2007, le projet semble tomber à l'eau. Reste-il encore un espoir pour la rentrée 2008 ? Le collectif d'initiatives Educatives CIE se retire du projet. En effet, l''administration de l'Education nationale, du fait de ses pesanteurs ou de l'absence de volonté politique, n'a pas réuni les conditions nécessaires à l'expérimentation de collèges d'initiatives éducatives malgré les latitudes offertes par l'article 34 de la loi de 2005". Le CIE, constitué autour de Gabriel Cohn-Bendit pour favoriser la constitution d'équipes d'enseignants volontaires pour faire vivre des projets pédagogiques dans des collèges difficiles, abandonne. Finalement réduit à deux collèges de l'académie de Créteil dans lesquels une douzaine de postes seulement étaient disponibles, le projet devenait infaisable. D'autant que, selon le communiqué du CIE, "les craintes ou les peurs d'une partie des enseignants entretenues par les rumeurs, l'absence de transparence, voire certaines annonces officielles encouragent méfiance ou défiance devant toute innovation".

Texte tiré de celui de François Jarraud : Quel avenir pour les collèges Cohn-Bendit ? http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pages/2008/91_syst_collegesCohn-Bendit.aspx

Laure de charrette, journaliste au 20minutes.fr, article du 31 janvier 2008 : des collèges pas comme les autres.

Wikipédia : Lycée expérimental de Saint-Nazaire ; Collège expérimental.

Le café pédagogique du 15 mars 2008, François Jarraud : Quel avenir pour les collèges Cohn-Bendit ?